Éoliennes et storytelling politique : quand la posture remplace la stratégie

Le Rassemblement national a trouvé son ennemi idéal : l’éolienne. Grande, visible, immobile, incapable de répondre ni de voter, elle incarne toutes les peurs que l’on veut projeter sur elle : atteinte aux paysages, menace pour la pêche, soumission à Bruxelles, déclin national. Pendant ce temps, on évite soigneusement de parler de la réalité : supprimer les renouvelables aujourd’hui, c’est mécaniquement renforcer notre dépendance au gaz fossile importé. Singulière conception de la souveraineté. 

Leur programme est explicite :

« Rendre aux ménages les 5 milliards de subventions versées notamment aux éoliennes »

« Arrêter les projets éoliens et démanteler progressivement les parcs existants »

Ces deux mesures ne sont pas un détail : elles constituent le cœur d’une doctrine énergétique régressive, coûteuse et risquée.

La réalité physique : remplacer 11 g de CO₂ par 490 g

Les ordres de grandeur sont connus :

Éolien : ≈ 11 g de CO₂/kWh

Nucléaire : ≈ 12 g de CO₂/kWh

Gaz : ≈ 490 g de CO₂/kWh

Démanteler les renouvelables avant même que de nouveaux réacteurs nucléaires ne voient le jour (au mieux après 2035) revient à remplacer une énergie très faiblement carbonée par une énergie fossile. Une stratégie climatique qui consiste, en somme, à brûler la maison pour lutter contre l’humidité.

La souveraineté… importée

À qui achète-t-on le gaz ? À la Norvège, au Qatar, aux États-Unis… et parfois à la Russie.

Rappel : en 2022, les prix ont flambé et toute l’économie a tremblé.

Moins de renouvelables =

➡️ plus d’importations,

➡️ plus de volatilité,

➡️ plus de dépendance géopolitique.

Un curieux patriotisme énergétique.

Les 5 milliards : un trompe-l’œil budgétaire

Ces « 5 milliards » incluent des dispositifs de soutien déjà contractualisés. Les supprimer ?

Ce serait déclencher des indemnisations massives, ouvrir des contentieux, et renchérir durablement le coût du capital en France.

Et, fait rarement dit : lorsque les prix de marché sont élevés, les renouvelables reversent de l’argent à l’État via le complément de rémunération.

Autrement dit, la promesse « on rend 5 milliards » se transformerait vite en : on en paie beaucoup plus… mais en impôts et en dette.

Démanteler les parcs : la politique de la casse

Résilier des contrats, payer le démantèlement, perdre une production locale et décarbonée… pour la remplacer par du gaz importé.

Bilan : plus d’émissions, plus de dépendance, moins d’emplois industriels, plus de précarité énergétique.

Tout cela pour satisfaire une posture idéologique : raser ce qui fonctionne. Vaste programme !

Et les pêcheurs ?

Les parcs éoliens en mer représentent moins de 2 % des surfaces de pêche et 0,1 % de la surface maritime nationale.

La vraie menace ? Le réchauffement climatique : migration des espèces, acidification des mers, raréfaction des stocks.

Mais une éolienne, c’est visible sur un tract. Un océan qui se réchauffe, beaucoup moins.

Une filière industrielle française… qu’on sacrifierait

Cherbourg, Le Havre, Fécamp : des milliers d’emplois qualifiés et non délocalisables.

La proposition ? Fermer, stopper, casser.

Pour mettre quoi à la place ?

Rien. Le vide.

La question qui fâche

Le discours du RN épouse point par point la propagande énergétique du Kremlin :

➡️ le gaz, c’est l’avenir,

➡️ les éoliennes, le mal,

➡️ Bruxelles, l’ennemi.

Coïncidence ? Peut-être. Mais il existe parfois des dettes dont on ne se libère jamais totalement.

Certaines ne se remboursent pas en argent… mais en alignement politique.

Affaiblir nos renouvelables, c’est mécaniquement renforcer les exportateurs de gaz — dont la Russie.

Difficile d’appeler cela une stratégie de souveraineté.

Ceux qui paient : toujours les mêmes

Quand le gaz grimpe, ce sont les ménages modestes, les artisans, les TPE-PME qui subissent à la fin.

Supprimer des énergies aujourd’hui parmi les moins chères, c’est programmer la hausse des factures au nom… du pouvoir d’achat.

Le choix : la réalité ou le slogan

Les renouvelables ne sont pas parfaites. Mais elles : réduisent nos émissions, créent des emplois locaux, renforcent notre souveraineté, nous protègent des chocs géopolitiques.

Le RN propose l’inverse : plus cher, plus sale, plus dépendant.

Ils appellent cela un programme.

J’appelle cela une impasse.

Nous préférons les faits aux cris, les chiffres aux peurs, l’emploi industriel à la posture.

Parce que nous n’héritons pas de la Terre : nous l’empruntons à nos enfants. Et ils méritent mieux qu’une politique énergétique écrite sur un tract — et alignée, de surcroît, sur les intérêts d’une puissance étrangère.

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