Meeting du 12 mars 2026

Quentin LAGALLARDE

Mesdames, Messieurs, mes chers amis, chers camarades,

Nous avons souvent parlé de socialisme municipal pendant cette campagne. 

Ce soir, j’ai envie de vous parler de quelque chose qui me touche. Vraiment. Pas d’un sujet que j’ai mis sur ma liste parce qu’il fallait le cocher. D’une conviction. D’une chose dont j’ai découvert la réalité ici et qui est un combat que nous portons à Place Publique.

Je veux vous parler de ce que ça signifie, concrètement, d’être féministe quand on est élu municipal. De ce que ça donne quand on traduit ce mot en actes. En budgets. En actions votées. Avec cette liste paritaire qui ne l’est pas par obligation mais par conviction.

Ce féminisme-là a un nom. Je l’appelle le féminisme municipal. Et il tient en trois mots que vous connaissez.

Protéger. Transformer. Émanciper.

Ce soir, je veux vous dire ce que ces trois mots signifient pour les femmes de Cherbourg-en-Cotentin.

PROTÉGER.

J’aime ce mot. Il est vieux. Il sent l’engagement. Il dit qu’on ne laisse pas tomber.

Mais je veux être honnête : pendant longtemps, j’ai cru que protéger les femmes, c’était les mettre à l’abri. Les prendre en charge. Faire à leur place.

J’avais tort.

Protéger les femmes, ce n’est pas les enfermer dans une protection. C’est construire autour d’elles les conditions qui leur permettent de se tenir debout seules. C’est une différence énorme. Et c’est une différence que j’ai mis du temps à comprendre.

Les femmes de cette ville nous les voyons tous les jours. Et d’autres sont moins visibles. Celles dans les centres sociaux. Dans des associations. Dans les salles d’attente du centre de santé. Elles sont plus souvent précaires. Elles occupent plus souvent des emplois sous-payés, à temps partiel, sans filet. Seize pour cent des enfants de Cherbourg-en-Cotentin vivent dans une famille monoparentale. Seize pour cent. Ce sont presque toujours des femmes seules qui élèvent ces enfants — avec tout ce que ça signifie en termes de charge, de fatigue, de renoncements.

Une ville qui dit qu’elle protège ses habitants et qui ferme les yeux là-dessus — cette ville se raconte des histoires.

Nous, nous avons choisi de ne pas nous raconter d’histoires.

Nous avons ouvert un centre de santé salarié. Aujourd’hui, 1 200 femmes y sont suivies par une sage-femme. Pas par hasard — parce que nous avons décidé que l’accès aux soins pour les femmes était une priorité. Dans le prochain mandat, nous agrandirons ce centre pour accueillir plus de professionnels, développer l’offre de santé pour les femmes et les enfants, et renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes — avec une éducation à la vie sexuelle et affective qui commence tôt, parce que la protection commence par la connaissance.

Nous avons créé un plan d’action dédié aux familles monoparentales — tarification adaptée des activités, accès au logement facilité, modes de garde pensés pour elles, services de garde d’urgence pour les imprévus. Parce qu’une mère seule qui perd son mode de garde à sept heures du matin n’a pas besoin d’un discours. Elle a besoin d’une solution.

Et nous allons plus loin sur la sécurité des femmes dans l’espace public. Nous attendons de pied ferme la future loi sur les polices municipales donnera à nos agents la capacité de verbaliser l’outrage sexiste et sexuel. Nous l’appliquerons. Parce que la rue appartient aux femmes autant qu’aux hommes. Parce que rentrer chez soi sans être harcelée n’est pas un privilège. C’est un droit.

Protéger. Pas en surplomb. À côté. Ensemble.

TRANSFORMER.

Je suis arrivé à Cherbourg en novembre 2013. La première chose que j’ai faite, c’est m’inscrire au club de rugby du quartier des Provinces.

Et là, j’ai vu quelque chose.

Il y avait des filles. Des filles qui jouaient vraiment — qui plaquaient, qui courraient, qui gagnaient. Dans un club qui n’avait pas attendu qu’on lui dise d’être mixte. Qui l’avait choisi. Naturellement. Fièrement.

Ces filles-là n’avaient pas demandé la permission. Elles avaient décidé d’être là. Et le club avait dit : oui. Et la ville avait dit : on vous soutient.

C’est ça, transformer. Ne pas attendre. Décider.

Décider que les gymnases ne sont plus réservés aux équipes masculines aux meilleures heures. Décider que nos 200 associations sportives — que nous soutenons et que nous continuerons de soutenir — accueillent les femmes à égalité, pas en supplément. 

Transformer, c’est aussi transformer la culture. Nous avons le festival « Femmes dans la ville » — pionnier, exigeant, reconnu. Nous allons le soutenir, le renforcer, le réinventer pour qu’il continue d’occuper l’espace public, de bousculer les regards, de poser les questions qui dérangent. Quitte à se faire traiter de wokistes. Une ville qui ne bouscule pas ses habitudes ne se transforme pas. Elle se reproduit.

Et transformer, c’est transformer la démocratie elle-même. Dans notre projet de renouvellement de la démocratie participative, nous allons faire appel à des habitants experts d’usage — des femmes et des hommes dont la position, la profession ou l’expérience viennent nourrir la décision politique. Ce n’est pas une formule. C’est la reconnaissance que ceux qui vivent la ville savent des choses que les élus ne savent pas. Et que les femmes, souvent, en savent plus que les autres — parce qu’elles organisent, elles anticipent, elles font tenir les choses ensemble.

Olympe de Gouges l’a écrit en 1791 — et elle a été guillotinée trois mois après pour l’avoir écrit. « La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Nous sommes en 2026. Cette tribune — la voilà. Et ces femmes qui la méritent — les voilà.

Je veux m’arrêter un moment sur les femmes qui portent cette liste avec nous. Elles ne sont pas là parce qu’on leur a fait une place. Elles sont là parce qu’elles ont construit leur place — Elisabeth, Valérie, Colette, Anne, Claudine, Agnès, Anna, et toutes les autres. Retraitée, formatrice, infirmière, assistante sociale, psychologue, prof de danse, agricultrice. Des vies, des engagements, des compétences réelles. Pas des symboles. Des femmes. Et bien sûr avec la pensée émue à Lydie Le Poittevin, dont les combats ont été d’une force inspirante. 

Notre liste est paritaire. Pas parce que la loi l’exige. Parce que nous y croyons. Parce qu’une liste qui prêche l’égalité et place les femmes en queue de cortège est une liste qui se contredit.

Je suis fier d’être sur cette liste avec elles. Vraiment fier.

ÉMANCIPER.

C’est le mot que je préfère des trois. Et peut-être le plus difficile à tenir.

Parce qu’émanciper, ce n’est pas offrir. Ce n’est pas accorder. Ce n’est pas décider à la place de. Émanciper, c’est ouvrir des possibles que des femmes pourront saisir — ou pas — selon ce qu’elles choisissent pour elles-mêmes. C’est la différence entre la liberté donnée et la liberté construite.

J’aime cette idée. J’y crois profondément.

L’émancipation passe d’abord par le concret le plus banal. Nous allons créer deux nouvelles Unités Familiales d’Accueil Collectif — des assistantes maternelles embauchées par la Ville, exerçant dans des locaux municipaux, au centre social Françoise Giroud et à l’école de la Polle. Et au sein de la crèche des Églantines, une crèche-école pour former les professionnels de la petite enfance. Pourquoi est-ce féministe ? Parce qu’une femme qui n’a pas de mode de garde pour ses enfants n’est pas libre — même si personne ne la retient. Ces crèches, ces assistantes maternelles, ces horaires adaptés : ce ne sont pas des détails de gestion. Ce sont des actes qui déverrouillent des vies.

L’émancipation passe par la culture. La gratuité totale des musées Thomas-Henry et de la Libération toute l’année. La bibliothèque Jacques Prévert avec des horaires élargis. Le nouveau conservatoire. Les 120 associations culturelles soutenues. Ces espaces où les femmes peuvent exister autrement que dans leur rôle d’aidante, de mère, d’organisatrice invisible de la vie familiale. Une ville qui investit dans la culture investit dans la liberté. Ce n’est pas une dépense. C’est un pari sur l’avenir.

L’émancipation passe par le sport. Je reviens aux Provinces parce que je l’ai vu de mes yeux : quand une fille apprend à tomber et à se relever, à occuper de l’espace sans s’excuser, à compter sur ses coéquipières et à être comptée par elles — elle apprend quelque chose d’essentiel. Elle apprend qu’elle a le droit d’être là. Pleinement. Sans avoir à le justifier. Avec la livraison du palais des sports Chantereyne début 2027, avec la rénovation des équipements dans toutes les communes déléguées, nous donnons aussi aux femmes de cette ville les mêmes espaces, les mêmes créneaux, les mêmes conditions. Pas un geste. Un engagement.

L’émancipation passe enfin par la démocratie — par une ville qui ne prend pas ses décisions sans les femmes. Par un Conseil des jeunes renouvelé où les voix féminines comptent. Par des ateliers citoyens de proximité qui incluent celles qu’on entend trop peu. Leurs besoins ne sont pas des besoins particuliers. Ils sont humains. Ils méritent la même attention que tous les autres.

Je ne vais pas vous mentir en vous disant que c’est simple. Que les résistances n’existent pas.

J’ai de la colère. Une colère tranquille, mais réelle.

Je suis en colère contre l’extrême droite qui parle d’égalité es et s’oppose à chaque outil concret qui permettrait à cette égalité d’exister. Les services publics — trop chères. Les quotas — trop contraignants. La remise en cause de l’IVG chèrement acquis. Vingt-cinq pour cent d’écart de salaire entre femmes et hommes. Des décennies. Et toujours de l’étonnement.

Je suis en colère contre ce populisme qui n’ose pas toujours le dire franchement mais qui le pense — les femmes chez elles, les hommes au pouvoir. Ce retour à un ordre du monde que nous refusons. Absolument. Sans négociation.

Et je suis en colère — c’est la plus douloureuse — contre nous-mêmes, parfois. Contre cette tentation, dans notre camp, de ranger le féminisme parmi les sujets secondaires. D’y revenir quand les vraies questions seront réglées. Il n’y a pas de sujets secondaires quand on parle de la moitié de l’humanité. L’égalité est une priorité. Elle l’a toujours été. Elle le restera. Rappelons-nous Jean Ferrat : la femme est l’avenir de l’homme. 

Simone de Beauvoir le disait avec une clarté qui devrait nous tenir éveillés : « Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. » Nous traversons une crise. Plusieurs, même. Et la tentation de céder est là — à droite, à l’extrême droite, et parfois dans nos propres rangs. Non. Pas ici. Pas dans cette ville.

Alors voilà ce que je veux pour dimanche.

Je veux qu’on se lève. Qu’on aille voter. Et qu’on pense, en glissant le bulletin dans l’urne, à toutes les femmes de cette ville qui méritent mieux que des promesses.

À la mère seule qui attendait une solution de garde d’urgence. À la femme suivie par la sage-femme du centre Brès-Croizat. À celle qui veut jouer au rugby dans les Provinces et qui mérite d’y être accueillie comme une évidence. À celle qui rentrera chez elle ce soir sans être harcelée — parce que nous aurons fait en sorte que la rue lui appartienne aussi. Aux femmes extraordinaires sur cette liste. 

C’est pour elles, aussi, que nous faisons de la politique.

Protéger. Transformer. Émanciper.

Ce ne sont pas trois mots de programme. Ce sont trois engagements. Envers la moitié de Cherbourg-en-Cotentin qu’on n’entend pas encore assez.

Et pour les tenir — pour ces six années qui viennent — il y a un homme. Un homme qui a prouvé, acte après acte, que ces mots ne sont pas des ornements. Ce sont des chantiers ouverts et des engagements tenus.

Alors, je vous dis avec toute la conviction de ce que je crois et de ce que j’ai vu :

Soutenons Benoît Arrivé !

Faisons de Cherbourg-en-Cotentin ce qu’elle est déjà en train de devenir.

Une ville phare. Une ville qui montre que le féminisme municipal — le vrai, celui qui change la vie des femmes, silencieusement, acte par acte — est possible. Est réel. Est là.

Une ville féministe, une ville ensemble !

Merci !

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